L’objectif ultime d’une thérapie : intérioriser la sécurité – Partie 2

Ce que la sécurité intérieure change concrètement dans la vie psychique

Ce que cela implique cliniquement :  étape et transformation

 

1 – Modifier les modèles internes

Nos premières relations laissent en nous des « modèles internes »

  • « si j’ai besoin je dérange »
  • « si je m’attache, je serai abandonné »
  • « je dois me débrouiller seul »
  • « l’autre finit toujours par se retirer, il est imprévisible ou dangereux »

En thérapie il ne s’agit pas de les contredire par des explications rationnelles, mais de les transformer par l’expérience répétée d’une relation suffisamment fiable, stable et contenante.

 

Exemple clinique

Une patiente annule régulièrement ces séances à la dernière minute, puis revient envahie par la culpabilité, persuadée d’avoir abusé et d’avoir mis la relation en danger.

 

Cliniquement le thérapeute

  • maintient le cadre sans punition
  • ne se retire pas affectivement

La continuité de la relation vient progressivement invalider le modèle Interne.

Quand je fais faux, le lien ne s’effondre pas.

Ce n’est pas l’interprétation qui transforme, mais la répétition d’une expérience relationnelle différente.

 

2 –  Restaurer la confiance épistémique

La confiance épistémique désigne la capacité à percevoir l’autre comme une source fiable d’informations sur soi et sur le monde.

Chez de nombreux patients ayant grandi dans des environnements incohérents, intrusifs, ou invalidants, cette confiance est profondément atteinte.

Ils peuvent écouter……….. sans croire, ou croire……… sans intégrer.

 

La relation thérapeutique, lorsqu’elle est sécure, permet de réapprendre à recevoir, à penser avec l’autre, sans se sentir menacé.

 

Exemple clinique

Un patient comprend intellectuellement ses mécanismes, acquiesce aux interprétations, dit comprendre, mais rien ne change dans sa vie relationnelle.

il confie un jour : « je vous entends, je sais que vous avez raison, mais au fond je n’y crois pas vraiment pour moi ».

Cliniquement il est essentiel de :

  • respecter cette méfiance
  • ne pas forcer l’interprétation
  • accepter que la parole du thérapeute soit d’abord vécue comme potentiellement dangereuse.

Progressivement, lorsque le patient fait l’expérience que :

  • ce qui est dit ne l’envahit pas
  • ne le contrôle pas
  • ne le fragilise pas

la parole devient recevable, puis utilisable.

 

Cette confiance épistémique se restaure lentement dans le lien.

 

3 – Restaurer le lien entre sécurité et expérience émotionnelle

Chez de nombreux patients insécurisés l’émotion intense est associée à un danger :

  • pleurer = se plaindre
  • dépendre = être humilié, perdre sa dignité
  • aimer = être détruit

La thérapie offre un espace où l’émotion peut être ressentie en présence d’un autre suffisamment stable.

 

Exemple clinique

Une patiente éclate en sanglots dès qu’elle évoque une séparation, puis s’excuse aussitôt !

« Je ne devrais pas pleurer comme ça »

 

Le travail clinique consiste à :

  • ne pas interrompre l’émotion
  • ne pas la dramatiser
  • restez présent, régulier, non intrusif, sans envahir

La patiente découvre une expérience nouvelle : «  je peux ressentir très fort et rester intacte »

L’émotion cesse d’être associée à un risque de fragmentation psychique.

 

4 –  Construire un récit cohérent de son histoire d’attachement

La sécurité adulte ne dépend pas d’une enfance idéale, mais de la capacité à parler de son histoire de façon intégrée, nuancée, vivante.

 

Exemple clinique

Un patient affirme

«  Mes parents ont fait de leur mieux. je n’ai pas à me plaindre. »

 

Pourtant son corps, ses relations, et ses symptômes racontent une tout autre chose.

 

Cliniquement, il ne s’agit pas d’attaquer cette défense, mais d’ouvrir un espace ou progressivement des nuances deviennent possibles. « Ils ont fait comme ils pouvaient… Et j’ai manqué de … »

 

Reconnaître ce qui a manqué, sans nier ce qui a existé.

Le récit devient plus complexe, moins clivé.  C’est un indice majeur de sécurité intérieure.

 

5 – la fin de la thérapie comme expérience de l’attachement – Une séparation qui ne détruit pas

La fin de la thérapie n’est pas un détail clinique technique. Elle constitue en elle-même une expérience d’attachement et de séparation.

 

Pour certains patients cela implique cliniquement :

  • abandon
  • rejet
  • ou effacement du lien

Une fin de thérapie travaillée permet une expérience radicalement différente :

  • dire au revoir sans se nier
  • partir sans effacer l’autre
  • garder le lien intériorisé
  • Un patient en fin de travail exprime

Exemple clinique

« j’ai peur que tout disparaisse quand j arrêterai de venir »

Cliniquement cela implique :

  • de nommer cette peur
  • de penser la séparation ensemble
  • de ne pas précipiter la fin

Lorsque la séparation est symbolisée, le patient peut faire l’expérience que

« La relation ne s’effondre pas parce qu’elle se termine »

C’est souvent là que la sécurité acquise se révèle pleinement.

 

Paroles de psychanalyse

  • Pourquoi la sécurité intérieure ne supprime ni la dépendance, ni la vulnérabilité, ni la douleur ?

Il est tentant de croire que se sentir en sécurité intérieurement signifie :

  • ne plus avoir besoin de personnes
  • ne plus souffrir
  • ne plus être atteint par les pertes ou les déceptions
  • Cette idée est elle-même à entendre souvent comme le produit d’une histoire d’attachement insécurisant.
  • La sécurité intérieure ne supprime pas la dépendance car l’être humain reste fondamentalement relationnel.
  • Avoir besoin de l’autre, s’y attacher, compter sur lui, elle, n’est pas un signe de faiblesse psychique, mais une donnée structurelle du lien humain.

Ce qui change avec la sécurité, ce n’est pas l’existence du besoin, mais la façon de vivre la dépendance non plus comme humiliante, dangereuse, ou annihilante.

 

La sécurité intérieure ne supprime pas la vulnérabilité, car être vivant c’est être affecté.e, se sentir touché.e, ému.e, bouleversé.e, parfois ce n’est pas un défaut à corriger, mais une capacité à rester en contact avec soi et avec l’autre.

  • Lorsque la sécurité est intériorisée, la vulnérabilité cesse d’être confondue avec une perte de contrôle, ou un effondrement psychique.
  • La sécurité intérieure ne supprime pas la douleur, car certaines expériences comme la perte la séparation la déception sont intrinsèquement douloureuses.
  • Mais la douleur n’est plus vécue comme une menace de désorganisation interne : elle est traversée, symbolisée.

Autrement dit, la sécurité intérieure ne protège pas de la souffrance, elle protège de la désintégration psychique face à la souffrance.

 

C’est cette capacité à rester psychiquement présent à soi-même et à l’épreuve qui constitue le coeur de l’équilibre émotionnel.

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