L’objectif ultime d’une thérapie : intérioriser la sécurité – Partie 1

L’objectif puissant de ma pratique : accompagner la construction d’une sécurité intérieure

 

Dans ma pratique de psychanalyste, je ne cherche pas à rendre les personnes plus fortes, plus indépendantes ou moins sensibles.

J’accompagne celles et ceux qui, souvent, ont appris très tôt à se débrouiller seuls, à contenir, à tenir, parfois au prix d’un profond épuisement intérieur.


La thérapie que je propose vise avant tout la construction d’une sécurité intérieure :

  • un espace psychique où il devient possible de ressentir sans se perdre,
  • de dépendre sans honte,
  • et de traverser les épreuves sans se désorganiser.

Il ne s’agit pas de supprimer la vulnérabilité ou la douleur, mais de ne plus y être seul intérieurement.

Lorsque la relation thérapeutique devient suffisamment stable, fiable et contenante, elle peut être progressivement intériorisée.
C’est souvent à cet endroit-là que quelque chose s’apaise, se réorganise, se remet en mouvement.


Aller mieux, ce n’est pas ne plus avoir besoin.
C’est pouvoir rester en lien, avec l’autre et avec soi.

On croit parfois que la réussite d’une thérapie se mesure à l’intensité du lien au thérapeute, comme si le signe d’un travail profond était le besoin constant de s’appuyer sur l’autre.

Du point de vue de la psychanalyse contemporaine, éclairée par la théorie de l’attachement, l’objectif ultime d’une thérapie n’est pas que le patient reste attaché au thérapeute, mais qu’il internalise la sécurité que la relation thérapeutique lui a offerte.

Autrement dit : que la sécurité ne soit plus dépendante d’une présence extérieure, mais deviennent une ressource psychique interne.


La sécurité intérieure :  un socle, pas une armure.

La sécurité intérieure n’est ni une invulnérabilité, ni une indépendance défensive.

Elle correspond à la capacité de :

  • rester en lien avec soi dans l’émotion
  • tolérer la dépendance sans honte excessive
  • traverser les séparations sans effondrement psychique

Les recherches sur l’attachement parlent de sécurité acquise (earned Security).

Elles montrent que des adultes ayant connu des attachements précoces insécurisants peuvent, à travers des expériences relationnelles répétées et suffisamment fiables, dont la thérapie fait partie, développer une sécurité d’attachement durable et structurante.


La relation thérapeutique devient alors un lieu d’expérience émotionnelle nouvelle ou le patient fait progressivement l’expérience que :

  • le lien peut être stable sans être étouffant
  • la dépendance peut être accueillie sans être exploitée
  • la séparation peut être pensée sans être vécue comme une annihilation

La sécurité intérieure ne supprime pas la vulnérabilité.
Elle permet de rester vivant.e dans le lien.


Quelques ressources pour penser la sécurité intérieure

Ces ouvrages ne sont pas des recettes.
Ils ne remplacent ni une rencontre, ni une expérience relationnelle vivante.

Ils peuvent toutefois soutenir une réflexion, mettre des mots là où quelque chose cherche à se dire, et accompagner un chemin thérapeutique en cours.

 

Références psychanalytiques et cliniques

  • John BowlbyAttachement et perte
     Comprendre la sécurité comme base interne permettant d’explorer, de ressentir et de se séparer sans se perdre.
  • Donald WinnicottJeu et réalité
     Le rôle fondamental de l’environnement suffisamment bon dans la construction du sentiment de continuité du self.
  • Peter FonagyAffect Regulation, Mentalization and the Development of the Self
     Sécurité, régulation émotionnelle et capacité à penser ses états internes.

Ouvrages accessibles au grand public

  • Boris CyrulnikDe chair et d’âme
     Vulnérabilité, attachement et résilience, dans un langage profondément humain.
  • Sue JohnsonSerre-moi fort
     La sécurité émotionnelle expliquée à travers le lien.
  • Gabor MatéQuand le corps dit non
     Le lien entre sécurité intérieure, stress et santé.

La sécurité intérieure se construit moins par le savoir que par l’expérience d’un lien suffisamment sûr.

 

Idée reçue ET réalité clinique

Il est tentant de CROIRE que se sentir en sécurité intérieurement signifierait

  • ne plus avoir besoin de personnes,
  • ne plus souffrir,
  • ne plus être atteint par les pertes ou les déceptions.

Ce malentendu fréquent est souvent le produit d’une histoire d’attachement insécurisante.

La sécurité intérieure ne supprime ni la dépendance, ni la vulnérabilité, ni la douleur.

Elle le transforme la manière dont elle sont vécues.


La dépendance

Avoir besoin de l’autre est une donnée fondamentale du lien humain.

La sécurité intérieure ne vise pas à l’abolir, mais à permettre de s’y engager sans honte, sans soumission, et sans peur d’être détruit.e


La vulnérabilité

Être touché.e, affecté.e, ému.e, n’est pas un signe de fragilité pathologique.

Lorsque la sécurité est intériorisée, la vulnérabilité devient une capacité à rester en lien avec soi et avec l’autre, sans se désorganiser.


La douleur

Certaines expériences, la perte, la déception, la séparation, sont intrinsèquement douloureuses.

La sécurité intérieure ne protège pas la douleur, mais de l’effondrement psychique qu’elle peut provoquer lorsqu’elle est vécue seule, sans ressources internes.

La sécurité intérieure ne supprime pas la souffrance, elle permet de la traverser sans se perdre.

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