L’invisibilité dans le couple – Partie 1

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L’invisibilité dans le couple 

Quand la femme se tait, s’efface, souffre !

Dans le couple, l’invisibilité, affective, corporelle, symbolique, est une souffrance féminine trop peu dite.

Dans notre époque, où les récits de souffrance conjugale prennent de plus en plus de place, une dimension reste souvent sous-évoquée : celle de l’invisibilité dans le couple.

 

Une femme peut se sentir « invisible » au regard de son partenaire : non vue, non entendue, non désirée, non reconnue dans ce qu’elle fait.

Ce sentiment d’effacement est souvent silencieux, diffus, vécu plus comme un état que comme une crise aiguë.

Pourtant il produit une souffrance profonde.

Cet article, à la croisée de la clinique psychanalytique et des recherches contemporaines, explore ce phénomène, et propose des repères pour le traiter.

 

Les multiples visages de l’invisibilité conjugale

  • L’ invisibilité affective

L’invisibilité n’est pas simplement le silence.

C’est le moment où la demande affective reste sans écho, où les « micro-sollicitations » d’engagement émotionnel sont ignorées ou minimisées.

Le partenaire ne « voit » plus la femme dans sa détresse, son désir, ses attentes.

Le résultat, c’est le sentiment de devenir un objet neutre, ou pire, un « objet sans effet ».

 

  • L’ invisibilité du travail mental et de la charge cognitive

Beaucoup de femmes assument un travail invisible : des tâches de planification familiale, logistique, gestion des émotions des enfants, anticipation des besoins du foyer.

Ce travail ne figure pas dans l’échange symbolique du couple, il reste « dans l’ombre ».

Quand il n’est pas reconnu, la femme peut ressentir que sa contribution n’a pas de valeur et que l’équilibre relationnel repose uniquement sur elle.

 

  • L’invisibilité corporelle et sexuelle

Son corps  devient un paysage familier, il n’est plus désiré,  la sexualité est réduite à la routine, les gestes affectueux sont absents.

L’invisibilité s’étend ici à la dimension du désir.

La femme peut ressentir que son corps n’est plus l’objet d’un regard d’amour, d’attention, ou de désir.

 

  • L’ invisibilité comme abandon émotionnel

Quand l’attention, l’empathie, la résonance manquent, on parle de négligence émotionnelle conjugale : l’autre ne répond pas à l’appel de subjectivité. Cette négligence induit une perte de reconnaissance narcissique, et déclenche souvent un retrait psychique ou une surcompensation.

 

  • L’ invisibilité dans une perspective de genre

Cette invisibilité féminine s’enracine dans des structures symboliques : répartition genrée des tâches, valorisation moindre du travail domestique, et de la charge affective invisible.

 Le fait que « c’est normal que ce soit elle » neutralise le caractère singulier de l’investissement,

 et le rend difficile non seulement à repérer mais encore davantage à dénoncer.

 

Lecture psychanalytique

La chronicité de l’invisibilité peut favoriser la survenue de symptômes tels que dépression, désinvestissement relationnel, des manifestations de symptômes somatiques,  des addictions, ou même des fractures radicales avec des ruptures, des séparations.

Elle peut aussi rendre plus vulnérable aux répétitions « victimisantes » si l’intériorisation du silence devient un mode relationnel.

 

Mécanismes psychanalytiques

 

  • Le miroir manquant et la reconnaissance du sujet

En psychanalyse, la reconnaissance de l’autre est un vecteur majeur de la constitution de soi.

Le partenaire agit comme miroir.

À travers son regard, JE deviens SUJET.

Lorsque ce miroir ne fonctionne plus, quand je ne suis plus vu·e,  que je ne suscite plus d’écho, une faille narcissique se creuse.

Le sentiment d’invisibilité peut réveiller des angoisses archaïques très précoces :

« Suis-je quelqu’un dont l’existence compte pour l’autre » ?

 

  • Le travail symbolique et la « troisième » relationnelle

Le couple ne se résume pas à deux individus.

Il y a une dimension symbolique, un « nous » et un « tiers » implicite : le foyer, le projet commun, les enfants, la mémoire…. La relation en elle-même.

Quand la femme assume seule une grande part de ce travail symbolique, le « nous » se fragilise et la femme devient à la fois sujet et fonction c’est-à-dire celle qui tient le tout.

Elle risque de perdre sa position de sujet à part entière.

 

  • Répétitions et trajectoires intrapsychiques

L’invisibilité actuelle peut s’inscrire dans une trajectoire plus vaste :

Une enfance marquée par une reconnaissance déficiente, un parent peu disponible, des tâches invisibilisées.

Ces traces psychiques peuvent conduire à répéter, à l’âge adulte, des situations où l’on est « l’autre silencieux ».

 Les études montrent que la maltraitance émotionnelle ou la négligence dans l’enfance sont corrélées à des difficultés relationnelles à l’âge adulte.

La négligence émotionnelle peut être particulièrement liée à l’évitement et à l’anxiété dans l’attachement.

 

  • Le corps, le désir et la reconnaissance

Le corps de la femme est soumis à une double invisibilisation : celle du travail domestique ou familial, et celle du désir sexuel.

 Dans le couple, quand son corps est désiré, reconnu, regardé, cela constitue une part essentielle de l’affirmation subjective.

Quand ce désir est nié ou délaissé, c’est une reconnaissance symbolique qui manque : « l’effet du regard ».

 

  • La charge mentale, culpabilisation et surinvestissement

Pour compenser l’invisibilité, certaines femmes mais aussi parfois certains hommes peuvent surinvestir, multiplier les actes de « preuve » de leur valeur, tout organiser, tout anticiper, tout porter.

Mais ce surinvestissement, s’il reste invisible, renforce la fatigue psychique et la colère silencieuse.

Le mécanisme est souvent accompagné de sentiment de culpabilité :

« je ne fais pas assez », « je ne suis pas heureux.e », « c’est de ma faute ».

L’exercice est dangereux. Sur-donner pour exister, et pourtant rester non reconnu·e.

 

Données empiriques et études récentes

–  Charge mentale et « invisible labor »

Plusieurs travaux montrent que le travail mental, parfois appelé « invisible labour «,  est majoritairement porté par les femmes.

Cet « invisible labor » pèse sur la santé psychique, conduit à l’épuisement et aux dysfonctionnements relationnels.

 

  • Conséquence d’ une maltraitance émotionnelle et de la négligence dans les relations adultes

La recherche montre que la maltraitance émotionnelle, que ce soit de l’abus ou de la négligence dans l’enfance est fortement corrélée à des difficultés relationnelles à l’âge adulte.

Il a été notamment constaté des styles d’attachement anxieux/évitant, des conduites d’intimité problématiques, ou des participations à des relations dysfonctionnelles.

 

  • Inégalité genrée dans la négligence émotionnelle conjugale

Une étude sur l’abus émotionnel dans les relations intimes a montré que les femmes jeunes rapportaient davantage de formes « d’isolement » et que l’expérience de l’abus émotionnel pouvait variait avec l’âge et le genre.

 

  • Attachement, reconnaissance et qualité de la relation conjugale

Une enquête parmi des adultes mariés a montré que la maltraitance infantile, physique et émotionnelle, influence négativement la qualité relationnelle conjugale adulte, et que ces comportements sont partiellement influencés par la détresse psychologique et les styles d’attachement.

 

La plupart de ces éléments de recherche viennent confirmer que l’invisibilité conjugale, loin d’être un simple « ressenti », s’inscrit dans un réseau causal multiple :

* son histoire personnelle,

*  la reconnaissance symbolique,

*  la répartition concrète des tâches,

 * la dynamique de genre,

 * les styles d’attachement.

 

Pour le psychanalyste, cela signifie que l’on ne travaille pas uniquement le symptôme (fatigue, tristesse, colère…..) ?

mais à l’évidence sur la structure relationnelle et symbolique sous-jacente.

 

L’invisibilité dans le couple est une souffrance surtout féminine trop peu dite.

Absence du regard aimant de l’autre

Effacement du désir

Reconnaissance manquante du travail mental et de la charge cognitive…..

L’invisibilité puise à la fois dans l’histoire personnelle et aussi dans les structure relationnelles et sociales contemporaines.

Pour la clinique psychanalytique elle invite

« à faire voir ce qui ne se voyait pas », à réinscrire la femme comme sujet désiré, reconnu, visible.

Si la souffrance commence dans le silence, la cure passe par la parole, la symbolisation, la mentalisation et la redistribution de la reconnaissance.

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