Pourquoi est-il si difficile de poser des limites quand on a été trop gentil.le toute sa vie ? – Partie 1 –

Première partie

 

Dire « NON »,  au risque de déplaire, refuser de s’oublier, cela semble si simple.

Pourtant, pour beaucoup de femmes,  poser des limites reste une épreuve presque insurmontable.

En tant que psychanalyste j’ai souvent rencontré des femmes, mais des hommes aussi, qui ont du mal à poser des limites dans leurs relations personnelles et professionnelles.

 

Cette difficulté peut provenir de diverses sources, mais l’une des plus courantes est l’habitude d’avoir été trop gentil.le toute sa vie.

La gentillesse est une qualité précieuse qui permet de créer des liens solides avec les autres, et de favoriser l’harmonie dans les relations.

 

Cependant, lorsqu’elle devient excessive, elle peut se transformer en un schéma de comportement nocif.

Les personnes qui ont été trop gentilles toute leur vie ont souvent appris à prioriser les besoins des autres avant les leurs, au point de négliger leurs propres désirs et limites.

Derrière une apparente douceur, ou une empathie excessive, se cache souvent une histoire plus profonde : celle d’une loyauté ancienne, d’un besoin d’être aimée à tout prix, d’une peur archaïque du rejet.

 

Cette femme, cet homme,  trop gentil.le,  trop longtemps  a cru que  «  bien faire suffisait  «  à être aimé.e.

Ecouter, anticiper les besoins des autres, faire plaisir,  être disponible, présent.e.

Une gentillesse naturelle, mais aussi une stratégie inconsciente, celle de ne jamais déranger, de ne pas faire de vagues, d’éviter le conflit à tout prix, car poser une limite c’est risquer d’être perçu.e comme égoïste, risquer, au final,  de perdre l’amour de l’autre.

 

Les mots d’une patiente, madame L.

« Cette posture en apparence vertueuse » me disait elle « me coupait peu à peu de moi-même ».

« A force de dire « OUI » pour ne pas décevoir, je me disais « NON»  à moi. »

 « Dans le silence de ces petits renoncements, une fatigue profonde s’est installée, un vide, celui de ne plus savoir ce que je voulais vraiment, et parfois une colère rentrée qui surgissait à contretemps sans que je comprenne d’où elle venait.

 

C’est dans ce tiraillement entre l’envie d’aimer et le besoin d’exister que ma propre thérapie a commencé.

J’ai alors compris que derrière la petite fille que j’avais appris à être, il y avait une enfant qui avait adapté ses élans pour ne pas déranger, une enfant intuitive qui avait perçu très tôt les attentes implicites, les silences, et qui avait cru que pour mériter l’amour il fallait être facile à vivre.

Cette prise de conscience a été fondatrice, car on ne peut pas poser des limites saines tant qu’on pense que c’est mal d’en avoir, tant qu’on porte la croyance que s’affirmer c’est blesser.

Il m’a fallu du temps pour apprivoiser la culpabilité qui surgit lorsqu’on ose dire « NON », pour différencier l’amour du sacrifice, pour me reconnecter à ce qui était juste pour moi même si cela déplaisait ».

 

Vignette clinique :

Sophie 34 ans, est invitée à un dîner familial.

Elle est fatiguée. Elle rêve d’un moment seule, mais elle dit « OUI » comme toujours.

Sur place elle se sent vide, agressée par des conversations qui la heurtent.

Elle se tait, sourit, et s’effondre en rentrant chez elle.

Ce n’est pas qu’elle ne veut pas poser ses limites, c’est qu’au fond, elle ne se sent pas autorisée à le faire.

Et cela vient aussi renforcer intérieurement une vieille croyance « si je dis « NON » je vais perdre l’amour de l’autre ».

ET  quand on change alors, pourquoi on ne nous entend pas ? 

 

Lorsqu’on commence à poser des limites après des années de sur-adaptation, nos proches peuvent résister, protester, critiquer….

Car ils ne reconnaissent plus la gentille, « Sylvie, Hélène, Julie, ou le gentil Pierre, Kilian» ….. qu’ils connaissaient.

Mais ce n’est pas la réalité.  C’est l’enfant intérieur qui parle, terrifié à l’idée d’être rejeté.

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