Nous croyons aimer par hasard …

Nous croyons aimer par hasard

Notre inconscient, lui, ne laisse rien au hasard !

 

En amour, nous ne choisissons pas, nous répétons.

« Je ne comprends pas… je retombe toujours amoureusement sur le même type de personne »

 

C’est une phrase que l’on entend très souvent en consultation.

Et pourtant, du point de vue psychanalytique, il n’y a là rien d’aléatoire.

Nos choix amoureux ne sont pas le fruit du hasard, ni seulement d’une attirance consciente, rationnelle ou « chimique ».

Ils sont profondément orientés par l’inconscient.

 

L’amour, loin d’être libre et spontané comme nous aimons le croire, est souvent une répétition.

Une répétition de scénarios anciens, de blessures non symbolisées, de manques, de conflits précoces.

Comprendre cela peut être dérangeant… mais aussi profondément libérateur.

 

L’inconscient : ce qui agit quand nous croyons choisir.

 

En psychanalyse, l’inconscient n’est pas un simple réservoir de souvenirs oubliés.

C’est une instance psychique dynamique, structurée par le langage, par nos premières relations, les interdits, les désirs refoulés.

 

Freud l’a montré très tôt : « Le moi n’est pas maître dans sa propre maison. »

 

Autrement dit, une grande partie de nos décisions, y compris amoureuses, se prennent hors du champ de la conscience.

 

Lorsque vous dites :

  • « Il/elle m’attire sans que je sache pourquoi »
  • « Je savais que ça finirait mal, mais j’y suis allé(e) quand même »

… c’est souvent l’inconscient qui est à l’oeuvre.

 

Le premier amour ne s’oublie jamais : l’empreinte des figures parentales.

Nos tout premiers liens, généralement avec les parents ou nos figures d’attachement proches, laissent une empreinte psychique durable.

 

L’enfant n’aime pas seulement ses parents

  • il s’identifie à eux,
  • il intériorise leur manière d’aimer,
  • il enregistre ce qui est permis, interdit, valorisé ou rejeté.

Plus tard, à l’âge adulte, l’inconscient cherche à retrouver ce climat affectif originel, même s’il a été douloureux.

On ne cherche pas ce qui rend heureux.

On cherche ce qui est familier psychiquement.

 

Exemples fréquents

  • Une personne ayant grandi avec un parent distant peut être attirée par des partenaires émotionnellement indisponibles.
  • Une personne ayant connu une affection conditionnelle peut s’engager dans des relations où elle doit « mériter » l’amour.

L’inconscient préfère une souffrance connue à une sécurité inconnue.

La compulsion de répétition : rejouer pour tenter de réparer

 

Freud a nommé ce mécanisme psychique, la compulsion de répétition.

Nous rejouons, souvent inconsciemment, des scénarios anciens dans l’espoir, illusoire, de les réparer.

 

Par exemple :

  • Être quitté(e) à répétition par des partenaires similaires.
  • Se retrouver toujours dans une position d’abandon, de soumission ou de sauvetage.
  • Et même dans des relations d’emprise.

L’inconscient semble dire :

« Cette fois, ça va être différent. Cette fois, je vais réussir. »

 

Mais sans prise de conscience, la fin est souvent la même.

La répétition n’est pas masochiste par nature :

C’est une tentative de guérison qui échoue tant qu’elle reste inconsciente.

 

Le fantasme inconscient : c’est là où se cache le scénario de nos relations.

Chaque sujet est structuré par un fantasme fondamental.

 

Ce fantasme organise :

  • le désir,
  • la sexualité,
  • la place que l’on prend dans la relation (dominant/dominé, sauveur/sauvé, visible/invisible…).

On ne tombe pas amoureux « d’une personne réelle ».

On tombe amoureux de la place qu’elle vient occuper dans notre fantasme.

 

C’est pourquoi :

  • la déception est inévitable,
  • l’autre finit toujours par « ne plus être comme avant ».

L’amour commence souvent là où le fantasme rencontre le réel… et vacille.

 

Pourquoi la raison ne suffit pas à changer nos choix amoureux

Beaucoup de personnes disent :

  • « Je sais ce qui ne me convient pas »
  • « J’ai compris intellectuellement »

Mais comprendre ne suffit pas.

Car le choix amoureux n’est pas gouverné par la logique, mais par le désir inconscient.

Tant que le conflit inconscient n’est pas élaboré, symbolisé, que les situations amoureuses ne sont pas reliées à ce programme inconscient qui permet d’ aborder une transformation intérieure des expériences vécues :

  • le corps choisira,
  • l’attirance reviendra,
  • le même type de partenaire apparaîtra sous un autre visage.

De la répétition à la liberté : ce que permet un travail psychanalytique

Un travail psychanalytique ne vise pas à :

  • donner des conseils amoureux,
  • apprendre à « mieux choisir » avec des critères rationnels.

Il vise à :

  • rendre conscient ce qui se répète,
  • mettre des mots là où il n’y avait que des actes,
  • transformer la répétition en histoire racontable, explicable.

C’est à ce prix que quelque chose peut se déplacer.

 

La liberté amoureuse ne consiste pas à choisir « le bon partenaire ».

Elle consiste à ne plus être choisi par son inconscient à son insu.

 

Exemples courts

Etape 1 – La répétition

« Tous mes compagnons finissent par se retirer. Au début ils sont très présents, puis je deviens invisible. »

Prise de conscience que l’abandon n’est pas un accident relationnel mais une scène psychique déjà écrite.

 

Etape 2 – L’origine

« Petite je ne devais pas déranger. J’étais la fille facile. »

 

Etape 3 – Le fantasme

« Si je souffre assez, il finira par comprendre ma valeur. »

Identification du fantasme sacrificiel organisant le désir.

 

Etape 4 – Séparer amour et douleur

« Une relation calme me fait peur, j’ai l’impression qu’il ne se passe rien. »

Séparation progressive entre intensité pulsionnelle et lien sécurisant.

 

Etape 5 – Le déplacement

« Il/elle me plait, mais je n’ai pas besoin de me sur-adapter. »

Apparition d’un désir moins contraint par la répétition.

 

Pour conclure, on peut dire que l’amour commence là où la répétition s’arrête !

Tant que l’inconscient gouverne seul, l’amour est une scène déjà écrite.

 

Mais lorsque le sujet commence à entendre ce qui se rejoue à travers ses choix amoureux, une ouverture devient possible.

Aimer autrement ne signifie pas aimer sans manque.

 

Cela signifie aimer sans être prisonnier du passé.

 

Et parfois, le véritable acte d’amour commence par celui-ci : accepter de se rencontrer soi-même, là où l’on croyait rencontrer l’autre.

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