Quand l’ia parle à la place du manque – Partie 1

Ce que la psychanalyse ne peut pas déléguer

Le texte interroge l’attrait croissant de l’intelligence artificielle dans les espaces de parole

et ses effets sur la subjectivité contemporaine.

 

L’IA séduit par sa disponibilité permanente, sa stabilité et sa capacité à répondre immédiatement, donnant l’illusion d’une écoute sans faille.

Ce glissement n’est pas anodin : il opère une substitution de l’autre humain supposé savoir par un autre sans inconscient, sans désir ni manque.

 

Or, en psychanalyse, ce n’est pas la réponse qui soigne, mais le manque.

Le transfert, loin d’être un confort relationnel, est une expérience de friction, d’asymétrie et de perte de maîtrise.

 

L’IA, en supprimant cette friction, propose un lien sans risque, sans silence et sans coupure, là où le travail analytique repose précisément sur ce qui échappe et ne se ferme pas.

 

À la lumière de Donald Winnicott, l’IA fonctionne comme un objet transitionnel sans fin : toujours présente, elle empêche la séparation psychique et l’accès à une altérité réelle.

 

Contrairement à l’objet transitionnel, qui échoue, se perd et introduit la désillusion, l’IA ne se retire jamais et installe une zone intermédiaire illimitée, sans tiers ni manque.

 

Avec Wilfred Bion, le texte souligne un point aveugle majeur : l’IA ne peut exercer de fonction contenante.

Contenir suppose d’être affecté, traversé et transformé par ce qui est reçu.

 

L’IA calcule et reformule, mais ne métabolise rien ; elle ne transforme pas les émotions brutes en pensée.

 

Vignette clinique

Une patiente arrive en séance et dit : « Avant de venir, j’ai tout expliqué à une IA.

 Elle m’a répondu très clairement.

 Elle m’a dit que j’étais en anxiété d’attachement et qu’il fallait que je pose mes limites. »


Elle sourit, presque soulagée.


Puis elle ajoute : « Mais avec vous… ce n’est pas pareil. Vous ne dites pas tout de suite. »

Un silence s’installe.


Ce silence marque le point de bascule : non pas une déception, mais la rencontre avec un autre qui ne vient pas combler immédiatement, qui ne clôt pas le sens.

 

Là où l’IA a répondu, la question, elle, n’avait pas été touchée.

C’est précisément dans cet écart que le travail analytique commence, là où quelque chose peut enfin prendre forme.

 

Là où l’IA a répondu et soulagé, elle n’a pas touché la question.

Le travail analytique commence précisément au point où le sens ne se ferme pas.

 

Le risque central n’est donc pas que l’IA remplace le psychanalyste, mais qu’elle remplace la nécessité même de l’autre : un autre qui résiste, qui se tait, qui échappe, et dans l’écart duquel le sujet se constitue.

Partager l'article :
Retrouver mes spécialités :
Retour en haut