Quand tout ralentit, que reste-t-il de nous ? – Partie 1

Ce que le ralentissement de l’été peut révéler de notre vie psychique

Il y a quelque chose d’étrange dans les vacances.

Nous les attendons.

Nous les désirons.

Nous comptons les jours avant de pouvoir enfin nous arrêter.

Et lorsque le moment arrive, lorsque l’agenda se vide, lorsque le téléphone sonne moins, lorsque le travail s’éloigne et que les obligations se font moins pressantes…


Il arrive parfois que nous ne nous sentions pas aussi bien que prévu.

Nous pensions être fatigués de travailler.

Nous découvrons que nous sommes peut-être fatigués de tenir.

Nous pensions avoir besoin de repos.

Nous découvrons parfois que nous avions surtout besoin de ne plus avoir à faire semblant que tout allait bien.


Et alors quelque chose apparaît.

– Une fatigue ancienne.

– Une solitude.

– Une tension dans le couple.

– Une lassitude professionnelle.

– Une irritabilité que nous ne nous expliquons pas.

– Un sentiment de vide.

– Une envie de partir.

Ou cette pensée, parfois très discrète :

« Est-ce vraiment cette vie-là que je veux continuer à vivre ? »


La question peut être dérangeante.

Mais elle peut aussi être précieuse.

Car lorsque tout ralentit, ce n’est pas nécessairement le malaise qui apparaît.

C’est parfois ce qui était devenu inaudible dans le bruit de la vie qui recommence à se faire entendre.



 

Quand le silence laisse une place à ce que nous ne voulions plus entendre. 

Pendant l’année, nous sommes rarement sans occupation.

Il faut travailler, répondre, organiser, accompagner, prévoir, conduire, produire, prendre soin.

Nous passons d’une chose à l’autre.

Et cette succession peut avoir quelque chose de rassurant.

Il y a toujours quelque chose à faire.

Quelque chose qui demande notre attention.

Quelqu’un qui a besoin de nous.

L’activité donne un rythme au temps et parfois aussi une forme à notre existence.

Mais elle peut avoir une autre fonction, plus discrète.


Elle peut aussi nous éviter de rencontrer certaines choses.


Attention : il ne s’agit pas de dire que toute personne très active « fuit ses problèmes ».

La réalité psychique est beaucoup plus complexe.

Travailler peut-être source de plaisir.

Être disponible pour les autres peut être une manière d’aimer.

Avoir des projets peut témoigner d’un véritable élan vital.

La question psychanalytique est ailleurs :


Quelle fonction cette activité occupe-t-elle dans l’économie psychique de cette personne ?

Pourquoi cette personne ne peut-elle jamais s’arrêter ?

Pourquoi ce besoin d’être utile est-il si puissant ?

Pourquoi le repos devient-il parfois inconfortable ?

Pourquoi le silence fait-il naître de l’angoisse ?

Pourquoi certaines personnes remplissent-elles immédiatement chaque espace laissé libre ?


C’est ici que la psychanalyse nous oblige à quitter les explications trop simples.

Un même comportement peut avoir des significations très différentes selon l’histoire du sujet.


Nous ne savons pas toujours ce qui nous fait agir

Freud a introduit une idée qui reste profondément révolutionnaire : le sujet humain n’est pas entièrement maître de ce qui le détermine.


Nous pouvons savoir ce que nous faisons sans savoir complètement pourquoi nous le faisons.

Nous pouvons avoir de très bonnes raisons conscientes.

Et pourtant, quelque chose d’autre peut être à l’œuvre.


Une personne peut dire :

« J’aime travailler. Je suis simplement quelqu’un de très investi. »

Et cela peut être parfaitement vrai.


Mais elle peut aussi découvrir progressivement que son investissement lui permet de ne jamais rencontrer une sensation de vide.


Une autre peut dire :

« J’aime m’occuper des autres. »

Et découvrir qu’elle supporte très difficilement d’être celle qui a besoin.


Une autre encore peut affirmer :

« Je préfère être seule. »


Et découvrir que cette solitude protège aussi d’une déception relationnelle qu’elle redoute profondément.

C’est toute la richesse  (et parfois toute la difficulté) de l’approche psychanalytique : ne pas confondre ce que nous savons de nous avec tout ce que nous sommes.


Le ralentissement fait parfois revenir l’ambivalence

 

Lorsque nous sommes très occupés, nous pouvons nous raconter une histoire relativement cohérente.

« Mon travail me plaît. »

« Mon couple va bien. »

« Je n’ai pas besoin de beaucoup de choses. »

« Je suis simplement fatigué. »

Puis le rythme ralentit.


Et des sentiments contradictoires apparaissent.

– Nous aimons notre conjoint et nous lui en voulons.

– Nous sommes attachés à notre travail et nous rêvons parfois de tout quitter.

– Nous aimons notre famille et nous éprouvons parfois le besoin de nous en éloigner.

– Nous voulons être libres et nous avons peur de perdre nos liens.

– Nous désirons être reconnus et redoutons le jugement des autres.


Comment pouvons-nous éprouver deux mouvements opposés à l’égard d’une même personne ou d’une même situation ?


Pourtant, c’est précisément cela, l’ambivalence.


Mélanie Klein a profondément développé cette compréhension de la vie psychique : la relation à l’objet ne se réduit pas à l’amour ou à la haine, au bon ou au mauvais.


La position dépressive de sa théorie, dans sa conception, implique notamment de pouvoir reconnaître que l’objet aimé est aussi celui envers lequel peuvent se porter des mouvements agressifs, et que ces aspects appartiennent à une même relation.

Cette idée est précieuse pour comprendre nos relations adultes.

– Nous pouvons aimer quelqu’un et être en colère contre lui.

– Nous pouvons souffrir d’une relation et ne pas souhaiter nécessairement la perdre.

– Nous pouvons désirer une séparation et la redouter simultanément.


Le problème n’est donc pas toujours de savoir ce que nous voulons.

Il est parfois de pouvoir supporter psychiquement que plusieurs désirs existent en même temps.


Et lorsque nous n’y parvenons pas, nous pouvons chercher à trancher brutalement :

« Il est mauvais. »

« Je suis le problème. »

« Ce travail est horrible. »

« Je dois partir. »


« Le repos n’a pas créé le malaise. Il lui a simplement donné de la place. »

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